Le portrait oublié.

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Il y a quelques jours l’IRASEC et l’Alliance Française de Bangkok ont présenté une exposition des très beaux pastels des soldats et travailleurs asiatiques ayant participé à la Première Guerre mondiale en Europe, œuvre magistrale du peintre suisse Eugène Burnand.
(Moudon 1850- Paris 1921).

Hélas, et pour des raisons que nous n’exposerons pas ici, le beau portrait du soldat siamois n’avait pu trouver place dans cette exposition.

C’est donc pour réparer cette absence que nous sommes heureux de vous présenter ici ce portrait.

Il est à noter que ce portrait est en noir et blanc dans le folio publié en 1922 qui comporte la reproduction de 80 des pastels (cf. image ci-après), tandis que l’original, qui se trouve au Musée de la Légion d’Honneur à Paris, a bien été réalisé en couleurs. (cf. image ci-dessus)

L’explication n’en est pas très claire. Il semble que lors de l’impression des copies des pastels en fine héliogravure pour figurer dans le grand album folio rassemblé par le fils du peintre, certains problèmes techniques, ou de qualité de la reproduction ont empêché la mise en couleurs de 20 des 80 pastels composant l’album publié chez Crété à Paris, en 1922.

Il est également à noter que le portrait du soldat siamois a été catalogué dans la partie réservée aux soldats de l’armée britannique, après le travailleur fidjien, alors qu’il appartenait en réalité à une nation souveraine.

Nous n’avons que très peu de renseignements sur cet officier siamois, Chua Wanenangoun Francis, qui figure sur cette très belle image. Nous empruntons au livre de souvenirs de l’auteur, les quelques détails suivants fournis par le peintre :
« C’est à l’automne 1918 que nous sommes repartis (le peintre, son épouse et leurs jumelles) vers Marseille, où m’attendait un important contingent de modèles, représentants de races et de formations qui manquaient encore à ma collection… Les séances de pose avaient lieu dans la minuscule mansarde dont j’avais fait mon atelier, au 4ème étage du no 2 place de la Corderie. Cela manquait vraiment de decorum, mais j’aime à me souvenir de ces heures de travail sous la lucarne qui projetait sur les fronts et les saillies osseuses de mes modèles la lumière ardente du ciel méditerranéen… ».

Et c’est ainsi que Burnand fera le portrait du « petit Siamois—chauffeur du Roi—répondant au nom de Wanenangoun, que nous retrouvons plus tard à Paris, et qui deviendra notre intime, nous appellera ses chers parents, et nous annonce à son départ, un envoi de … diamants noirs pour les jumelles… ».

Le texte qui précède chacun des pastels reproduits dans l’album (cf. ci-dessus), a été rédigé après la mort du peintre, par son neveu et filleul le capitaine Marcel Burnand pour l’édition de 1922.

Pour ceux qui s’intéresseraient à cette unique collection de pastels, nous signalons le catalogue presque complet (deux semblent absents ?) des pastels réunis dans ‘Portraits de la Grande Guerre’ de Xavier Boniface aux éditions Ecpad, et le livre de Philippe Kaenel, ‘Eugène Burnand, la passion de peindre’ aux éditions Favre à Lausanne.

François Doré.
Le Souvenir Français de Thaïlande.

 

Paris, Ecpad, 2010

Jaquette 2017

Lausanne, Favre, 2017

A NOUS LE SOUVENIR                A EUX L’IMMORTALITÉ

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