Des tombes françaises retrouvées en Thaïlande. Cérémonie d’hommage.

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Tout à commencé, lorsque nous avons essayé de retrouver la trace de la tombe du jeune Marcel Henry, gazé sur le front en 1915, Mort pour la France, et qui avait été inhumé en 1920, après son retour auprès de ses parents au Siam, dans le cimetière catholique de Silom Road, dans le centre de Bangkok.

Convoité par les promoteurs car se trouvant dans le quartier de la ville où le m2 est le plus cher, ce cimetière, qui accueillait les dépouilles des défunts catholiques depuis 1888, était alors laissé à l’abandon. Les inhumations, depuis les années 60, se faisaient dans des cimetières plus modernes, situés dans des banlieues éloignées de la capitale thaïlandaise.

Dans les premières années du XXIème siècle, décision fut prise de vendre à bail les terrains des deux grands cimetières catholiques. Les services du Collège de l’Assomption entreprirent alors l’ouverture des tombes, l’exhumation des restes qui s’y trouvaient et leur transfert vers le grand cimetière de Santikham, qui se trouve à 60 km à l’ouest de Bangkok.

Il ne semble pas que les familles ou descendants des défunts aient pu être prévenus.

Les inscriptions qui se trouvaient gravées sur les pierres tombales avaient été recopiées, mais souvent avec beaucoup de difficultés et les erreurs de transcription sont nombreuses, certaines très anciennes étant particulièrement difficiles à déchiffrer.

C’est après de longues recherches, que nous avons pu retrouver où avaient été transportés tous ces restes, tous semble t-il, oubliés de leurs famille et de leurs pays.

L’étude attentive de deux grimoires poussiéreux rédigés en latin, conservés aux archives de l’Assomption, nous a permis de retrouver la trace de toutes les inhumations ayant eu lieu dans le cimetière catholique. Le Père Colombet, fondateur du Collège, en tenait soigneusement et jour après jour les entrées.

C’est alors que nous avons découvert, outre l’acte d’inhumation de Marcel Henry, les mentions des inhumations de sept marins français, morts pendant leur service au Siam, à différentes époques.

Nous nous sommes donc attelés à essayer de retrouver l’histoire de ces braves, oubliés de leur pays, et morts si loin de chez eux. Ceci à pu être réalisé grâce à l’aide de nos amis généalogistes.

Il ne restait donc plus au Souvenir Français de Thaïlande, que de rendre un hommage officiel à ces tombes redécouvertes.

C’est le 11 janvier 2019, que S.E. M. l’ambassadeur de France, M. Jacques Lapouge, entouré du Chef de notre Mission de Défense, le Lt-Colonel Nadia Piercy et de notre délégué général qu’eut lieu notre cérémonie du souvenir. Les drapeaux de la France vinrent saluer leurs frères d’armes. Une bénédiction religieuse par le Père Supérieur du cimetière fut suivie du dépôt de gerbes devant les plaques installées par le Souvenir Français.

Cette belle cérémonie fut le point d’orgue d’une recherche de plusieurs mois.

 

Les tombes des huit Français, sont regroupées dans un bâtiment bas où des loculis accueillent les dépouilles transférées depuis l’ancien cimetière de Silom.

 

Tous sont des marins, à l’exception de Marcel Henry, seul ‘Mort pour la France’, qui était sous-officier au 8ème RIC.

Marcel Henry était le fils du directeur de la Banque de l’Indochine au Siam, et était parti avec une soixantaine de ses compatriotes résidant au Siam, dès octobre 1914, vers la Métropole pour répondre à l’ordre de mobilisation générale. Gazé pendant les durs combats de la Main de Massiges en septembre 1915, il sera hospitalisé, puis envoyé pendant l’hiver 1916-17 sur le front de Serbie. Atteint de laryngite tuberculeuse, il sera réformé en juillet 1918. Il rejoindra alors sa famille a Bangkok, mais les poumons détruits, il décèdera en octobre 1920. Il avait 25 ans.

Son nom figure également sur le monument du Souvenir de l’Ambassade de France de Bangkok.

Les sept marins eux, sont tous morts de maladie.

Peu après les évènements de juillet 1893, du bref conflit franco-siamois et du refus des autorités siamoises de signer un traité qu’elles jugeaient injuste, les forces navales françaises mirent en place un blocus de l’estuaire de la rivière Chao Phaya par où transitait tout le commerce maritime entre le Siam et le reste du monde.

C’est au cours de ce blocus, que le marin Louis Henry et l’officier médecin de 2ème classe, Jean-Baptiste Comte-Lagauterie, vont mourir :

Louis Henry était né le 2 novembre 1870 à Lanmodez, dans les Côtes du Nord. Engagé à Brest à l’âge de 16 ans, il était gabier breveté de 1ère classe. Il meurt à bord de ‘La Triomphante’. Il avait 23 ans.

Le Dr. Jean-Baptiste Comte-Lagauterie était né le 29 octobre 1858 à St Paul de Lizonne, en Dordogne. Il avait obtenu son diplôme de Docteur en médecine à Bordeaux en 1888. Et alors qu’il était l’auteur d’une thèse sur une ‘Etude d’une épidémie de dengue en NouvelleCalédonie en 1884-87’, c’est sans doute à la suite d’une maladie tropicale qu’il décèdera à Bangkok le 21 août 1893. Il avait 35 ans.

Un an plus tard, le 28 août 1894, c’est à bord de la canonnière française ‘La Vipère’ que le jeune Edmond Héloury va mourir. Il était né le 12 septembre 1876 à Plouézec, dans les Côtes du Nord. Il avait 21 ans.

Augustin Tréguy était second-maître également à bord de la canonnière ‘La Vipère’, à bord de laquelle il meurt le 12 juillet 1895. Il était né le 6 février 1862 à Ploubalay, dans les Côtes du Nord, et laissait en Bretagne, une veuve, Marie-Anne. Il avait 32 ans.

Louis Le Tertre meurt le 10 août 1895. Nous ne connaissons que son année de naissance, en 1872. La mention de son décès se trouve dans le journal de Raphaël Réau, jeune diplomate attaché à la Légation du Siam, qui à la date du 10 août écrit : ‘Un marin du Pluvier, poitrinaire, est mort hier soir, dans la nuit. Pauvres marins, si à l’étroit sur leurs bateaux, privés de toute douceur. Chaque canonnière laisse quelqu’un ici…’. Notons que pendant cette époque troublée, la France maintenait en permanence à poste, sur le fleuve, devant la Légation, une canonnière. Louis Le Tertre avait 23 ans.

C’est en 1922 que le gouvernement Poincaré a décidé d’envoyer en mission vers le Pacifique, le grand croiseur ‘Victor Hugo’. Après une longue croisière qui l’a mené jusqu’à Nouméa puis au Japon, le bâtiment fait escale à Bangkok en mai 1923. C’est au cours de cette escale que deux marins vont mourir :

Julien le Douairon est né le 30 septembre 1902 à Trélazé, dans le canton d’Angers (Maine et Loire). Son père, qui était de Bubry dans le Morbihan, avait été tué pendant les combats en Haute-Marne en mai 1916. Pupille de la Nation, Julien s’était engagé dans la Marine. Et c’est le 13 mai 1923 qu’il meurt, au large des côtes du Siam. Il avait 20 ans.

Ce n ‘est que trois jours plus tard, le 16 mai 1923, que Yves Bellec, maître-mécanicien du ‘Victor Hugo’ décède à son tour. Il était né le 21 septembre 1881 à Lanvéoc (Finistère), était marié et avait deux enfants. Il avait 42 ans.

C’est grâce à l’action du Souvenir Français et de tous nos amis, qu’aujourd’hui, ces Français morts si loin de leur Patrie ne seront plus oubliés. Les plaques qui ont été posées, conserveront pour toujours leurs noms et leur souvenir. Notre action ne sera cependant terminée que lorsque nous aurons pu faire refaire de nouvelles stèles de marbre noir, portant les noms et les dates de nos compatriotes, et où auront été corrigées toutes les erreurs des plaques originales.

 

           François DORE.
Le Souvenir Français de Thaïlande.

 

A NOUS LE SOUVENIR                A EUX L’IMMORTALITÉ

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