Les aviateurs rebelles de l’Indochine

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Nous connaissons tous ce que l’on appelle ‘le dilemme sartrien’ : la situation morale de ce jeune Français qui habite dans le Poitou, auprès de sa mère, avec laquelle il s’occupe de la ferme familiale. Les Allemands envahissent la France en juin 1940 : que doit-il faire ? où est son devoir ? : rester auprès de sa mère en prévoyant les jours sombres à venir et à affronter, où bien traverser la Manche et rejoindre le Général de Gaulle pour poursuivre le combat ?

En Indochine, le dilemme ne dura pas longtemps. Assommée par les nouvelles incroyables qui arrivaient de la Métropole et qui décrivaient jour après jour la débâcle française de juin 1940, la population française d’Indochine, en son ensemble, après un moment de révolte et de désir de rejoindre la France pour se battre contre l’ennemi tudesque, petit à petit va se résoudre à accepter la défaite. Comme l’écrit dans ses souvenirs Jacques Le Bourgeois, qui sera directeur de ‘Radio-Saïgon’ pendant tout le conflit, le dilemme était simplifié : ‘ En Indochine à cette époque, on était comme au théâtre : on frémissait en écoutant la tragédie, mais on s’enfonçait confortablement dans son fauteuil. Pas de salut pour la Métropole, mais pas de bombes pour la Colonie » (Le Bourgeois, p.92).

Revue Indochine Hebdomadaire Illustré no 47 (juillet 1941)

 

Revue Indochine Hebdomadaire Illustré no 190 (avril 1944).

Pourtant, pour certains cette indifférence ressemblait à de la lâcheté. Ils n’acceptèrent pas l’armistice lointain et voulurent continuer la lutte.

Mais quitter l’Indochine restait bien difficile : selon un arrêt de septembre 1940, tout Français qui quittait le sol national pour se rendre à l’étranger, était déchu de sa nationalité.

Pourtant, beaucoup en prirent le risque. Parmi tous ceux qui refusèrent de proclamer avec les autres ‘Amiral, nous voilà!’, il y eut quelques militaires qui osèrent défier les ordres de l’amiral Decoux, au risque d’une condamnation à mort par contumace, à la dégradation et à l’indignation nationale.

Un courage qui n’a pas toujours été bien compris, même après la guerre, comme par exemple le général Sabattier, dans son livre de souvenirs ‘Le destin de l’Indochine’, paru en 1952 chez Plon. Il décrit la situation de l’Indochine telle qu’il l’avait vécue de 1942 à 1945 : « Dans le nord de l’Indochine, quelques officiers et sous-officiers, impatients de combattre, — en réalité ils n’ont par la suite, pas tous combattu (sic) – sont passés en Chine rejoindre la Mission Militaire de la France Libre. Je ne leur jette pas la pierre, car à leur âge , j’aurais peut-être agi de même… mais je n’en suis que plus autorisé à estimer que les aviateurs en cause ont commis une faute grave… ». (Sabattier, 1952, p. 55).

Pourtant, il nous semble que plus que d’impatience, tout fut une question de conscience.

Rappelons que le colonel Sabattier, fut envoyé par le gouvernement de Vichy en Indochine pour y prendre le commandement de l’armée française au Cambodge, après les évènements malheureux contre l’armée thaïlandaise de janvier 1941. Il dirigera ensuite la Cochinchine, avant d’être envoyé au Tonkin. Et c’est à son tour qu’il devra se replier vers le sud de la Chine à Sze Mao, pour échapper aux troupes japonaises lancées à sa poursuite après le coup de force du 9 mars 1945.

Il est à noter, en un autre raccourci étonnant, que le colonel Sabattier a partagé, à bord du ‘Ville de Verdun’ qui le menait de Marseille à Saïgon en janvier 1942, tout un long périple maritime de 78 jours avec des aviateurs, ces mêmes futurs évadés de l’Indochine qu’il critique et que nous retrouverons plus tard.

Le général Gabriel Sabattier.

Éditions Plon, 1952.

Nous allons vous présenter dans une série d’articles à venir, les aventures incroyables de quelques uns des aviateurs français qui refusèrent la défaite. Pour ce faire, nous avons largement utilisé les deux livres incontournables sur ce sujet : celui de René Poujade, lui-même résistant, paru en 1997, et la somme pour l’Aviation d’Indochine de Christophe Cony et Michel Ledet. Nous en recommandons chaleureusement la lecture à ceux qui voudraient en savoir plus sur ce chapitre peu connu de l’histoire de l’Indochine française.

Important : s’il nous paraît évident que nous ne portons aucun jugement de valeur morale sur les actions des différents protagonistes des aventures qui suivront, il nous semblait important, à un moment où certains historiens encensent avec indulgence la politique vichyste de l’amiral Decoux, de présenter les histoires vraies de ces aviateurs qui eux, eurent le courage de choisir le camp de l’Honneur.

Éditions La Bruyère, 1997.

Éditions Lela Presse, 2012.

 

                                                                                          François Doré
Le Souvenir Français de Thaïlande.

 

A NOUS LE SOUVENIR                A EUX L’IMMORTALITÉ

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