Les aviateurs rebelles de l’Indochine

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5/ Et tous les autres, moins connus…

                                                   Pas révoltés mais patriotes….

En novembre 1944, ce sont cette fois-ci six sous-officiers aviateurs qui décident de rejoindre la Chine. Et ce sont encore une fois Christophe Cony et Michel Ledet qui nous racontent cette aventure  (Cony, p.411) :

L’adjudant-chef pilote Daurès, l’adjudant pilote Pavageau, le sergent-chef radio volant Pin, le sergent radio volant Demeurs et les sergents mécaniciens Delage et Bonamich vont profiter de leur réunion sportive hebdomadaire sur le stade de rugby de Hanoï, pour se retrouver, sans éveiller l’attention de la police de Vichy ou de leurs supérieurs. Ils purent alors rejoindre l’aérodrome et là, s’emparèrent d’un Potez 25 biplace et d ‘un Potez 29 sanitaire, porteur de croix rouges, qui pouvait accueillir les quatre autres camarades.

Leur vol vers le Yunnan se passa sans problème et ils purent se poser sans encombre à Mong Tzeu. Récupérés par des officiers américains, ils purent alors continuer leur guerre.

Potez 29 sanitaire. (internet)

Jean Sainteny, dans son ‘Histoire d’une paix manquée’, rappelle l’importance de la Mission 5 installée à Kunming, et qui devait maintenir la liaison avec les Français d ‘Indochine, « recueillir des renseignements et assurer le passage en Chine, non seulement des Français menacés par les Japonais ou rendus suspects par leur opposition à Vichy, mais encore des aviateurs américains abattus en opération au dessus du territoire indochinois ».

Et à cette occasion, il rend hommage au sacrifice du lieutenant Hubert Coquard, qui, le 15 mars 1945, juste après le coup de force du 9 mars, avait ramené à bord de son vieux Potez 25, le major Edwin Witzenberger, pilote américain abattu et recueilli quelques temps auparavant par les Français au Tonkin. Malgré un appareil hors d’âge et la traversée périlleuse des montagnes de la Haute-Région, ils purent rejoindre Kunming.

Coquard accepta alors de retourner vers Son La, sa base de départ, pour y convoyer des matériels radios nécessaires à la Résistance française du Tonkin. Il reprit avec courage la route de la frontière, malgré une météo détestable…

Jamais Coquard n’arriva à rejoindre sa base et on ne retrouva jamais ni son corps, ni l’épave de son avion.

Hubert Coquard @ Cony/Ledet

 

Chanceux et malchanceux.

Beaucoup d’autres Français, militaires et pas seulement des aviateurs, tentèrent eux aussi d’échapper à l’Indochine de l’amiral Decoux, et ce malgré les risques qu’ils encouraient. Malheureusement l’ouvrage qui pourrait en raconter les aventures et donner la liste de leurs noms n’existe pas encore.

René Poujade, énumère quelques uns de ces ‘Chanceux et malchanceux : des évadés dont on parle peu : et il cite Addy Zergrat, qui fut interné le jour où il devait quitter l’Indochine pour Singapour ; Bouillet, sergent d’Infanterie Coloniale, qui put rejoindre la frontière siamoise par le train, puis fut intercepté et mourut sur une route du Cambodge alors qu’il s’évadait du camion de la milice qui le ramenait à Saïgon.

D’autres Français rallièrent les F.F.L. à partir du Tonkin : le capitaine Milon, le colonel Hans Imfeld, le médecin-capitaine Kernévez, le commandant Emblanc accompagné de son épouse. Il avait été révoqué car franc-maçon.

Parmi les premiers à avoir choisi leur camp, le général Rendinger et son chef d’État-major, le lieutenant-colonel Magnan, ayant exprimé leur désaccord avec la politique de l’Amiral, furent rapatriés vers la métropole dès février 1941.

Mais aussi des hauts-fonctionnaires, comme Jean Bourgoin, ingénieur en chef des Travaux Publics de l’Indochine, qui, révoqué en 1941 pour son activité gaulliste, arrivera à traverser une rivière qui le sépare de la Chine et rejoindra une mission militaire alliée après avoir parcouru plus de 100 km à pieds dans le Guanxi.

Signalons pourtant que dans ses souvenirs ’Récits et lettres d’Indochine et du Vietnam 1927-1957’, Jean Le Pichon décrit une toute autre tentative du même Jean Bourgoin: envoyé en reconnaissance en décembre 1940 dans la région laotienne de Saravane, pendant les escarmouches avec les troupes siamoises, Le Pichon décolla de Tourane à bord d’un Potez 25 piloté par le capitaine Bodin. Il raconte : « Le ciel était bouché, mais par chance, nous nous trouvâmes subitement sur Saravane. Nous nous apprêtions à sortir de l’appareil quand un bruit de moteur nous fit lever la tête. Un appareil de l’aéro-club de Hué, avec un seul homme à bord : l’ingénieur en chef des Travaux Publics de l’Annam, Bourgoin, un polytechnicien que je connaissais… Le deuxième siège du passager était remplacé par un réservoir supplémentaire d’essence. Il nous avoua que son but était de rejoindre Singapour ». (Le Pichon, p.164).

Mais dans son ouvrage ‘L’Indochine face au Japon’, Philippe Grandjean lui, donne une version totalement différente des motivations profondes de Jean Bourgoin. Il écrit qu’après la défaite de juin 1940, il faisait au contraire partie d’un groupe ‘intégriste’ qui souhaitait obtenir une aggravation des textes sur la franc-maçonnerie et les juifs. Mais que peu après, s’étant vu préférer un concurrent au poste d’ingénieur général des Travaux Publics de l’Indochine, il en conçut une grande amertume, et du coup, se retrouva gaulliste…’. (Grandjean, p. 126).

Cette accusation a également été reprise par Michel Huguier dans son ouvrage ‘ De Gaulle, Roosevelt et l’Indochine de 1940 à 1945’. (p. 21). De quoi s’y perdre.

Notons cependant qu’aucun de ces trois témoignages ne semble correspondre avec les renseignements donnés sur le site des ‘Français Libres’ consulté sur internet.

Paris, Les Indes Savantes, 2009.

Paris, l’Harmattan, 2004.

Et la Marine ?

Pour la Marine, l’heure du choix fut également douloureux. De juin à juillet, une période d’indécision règne : « Faut-il profiter d’une liberté restée hors d’atteinte du vainqueur en Europe pour continuer la lutte, ici où ailleurs, aux côtés de nos alliés d’hier ? Faut-il suivre le Gouvernement lointain d’une France ligotée par l’armistice ? » (Sommet, p.92).

Reconnaissons d’un autre côté, s’évader avec un navire reste plus compliqué qu’avec un avion.

N’oublions pas non plus que l’Indochine est une création des amiraux. L’amiral Decoux en a bien conservé la tradition : tout son aréopage administratif vient de la Marine : le vice-amiral Régis Bérenger est le commandant des forces navales françaises d‘Indochine ; le Cdt Jouan est chef de son état-major, le C.V. Robbe est chargé du service Information, de la Presse et de la Propagande. L’amiral Terraux va prendre la tête de la marine Indochine. Enfin le Cdt Ducoroy est directeur de la Jeunesse et des Sports. Une garde rapprochée qui le protégeait des traîtrises.

L’Amiral confirmera plus tard son soutien à cet ancien collaborateur dans la préface de son plaidoyer pro-domo, non sans y ajouter un dernier coup de pied de l’âne rancunier pour ceux qui ne l’avaient pas suivi : « Le Commandant Ducoroy comprit vite que le devoir n’était pas là (continuer la lutte aux côtés des Alliés). Il aurait pu sans doute, à tout moment, partir comme certains le firent, aller recueillir sur d’autres théâtres des lauriers et des avancements rapides... » (Ducoroy, p. 14).

Le 22 juin, c’est la stupeur. Bordeaux demande l’armistice à l’Allemagne. Après un moment d’hésitation, l’amiral Decoux et le Cdt Béranger vont choisir leur camp : l’Indochine ne pouvait que demeurer fidèle au gouvernement métropolitain. (Decoux p. 39).

Le Cdt Bérenger, comme déjà vu, le 1er juillet s’adresse à son équipage réuni sur le pont du navire amiral, le croiseur Lamotte-Picquet. La scène mériterait d’être mise en images. Monté sur une bitte d’amarrage, il harangue la foule des marins, et leur rappelle que leur premier devoir, est l’obéissance. La grande tradition du respect de l’autorité, va convaincre, souvent à contre-cœur, les marins à suivre la décision du ‘pacha’.

Paris, Plon, 1949

Le Potez 452 de Ponchardier

Il y a du beau monde ce jour là sur la plage avant du croiseur : le Cdt Ducoroy, le L.V. Jubelin, le L.V. Pistre, l’ E.V. Romé, et le père Escalère.

Il y en a un qui lui l’a échappé belle : le L.V.Pierre Ponchardier. Chef du service aviation du Lamotte- Picquet, il est le pilote de l’hydravion Potez 452 qui équipe le navire. Il est resté à ce poste de 1937 jusqu’à 1940. Il rejoindra alors les FFL à Port Lyautey.

Il reviendra plus tard en Indochine et débarquera du ‘Triomphant’ le 03 octobre 1945 avec son commando pour libérer Saïgon.

Nous l’avons déjà vu. Le futur amiral Romé raconte : ‘Les officiers sont en général assez disciplinés pour ne pas laisser paraître ouvertement leur désapprobation. Les officiers mariniers, dans leur ensemble, se rallieront très vite aux décisions du commandant… Des manifestations bruyantes se produisent dans les postes. Une trentaine de matelots se préparent à déserter en direction de la frontière siamoise pour tenter de gagner Singapour. Leur chef de file n’est autre que le quartier-maître Chapuzot, mon propre adjoint au service Sports. Ils m’exposent un projet qui manque totalement de réalisme, de méthode et de moyens. C’est de l’enfantillage. Seul d’entre eux, Chapuzot refusa de m’entendre et s’en alla. Il réussit à gagner le Siam, mais ce fut pour s’y faire emprisonner. Je reçus de lui, trois semaines plus tard une lettre désespérée à laquelle je ne pus répondre ( ?). J’ai cependant la certitude qu ‘il finit par être libéré grâce à l’intervention du consul britannique à Bangkok et qu’il put rejoindre ultérieurement les FNFL’. (Romé, p. 53).

René Poujade signale également cet incident : ‘Chapuzot était quartier-maître fusilier du La- motte-Picquet. Il tenta de rejoindre la France Libre par le Siam, au début de juillet 1940. Il fut enfermé et exposé dans une cage en bambou (non-vérifié), avant que les Anglais interviennent fermement auprès des autorités thaïlandaises ; alors que l’amiral Decoux avait refusé de se manifester’. (Poujade, p.41).

Nous pensons cependant que ce futur amiral qui deviendra célèbre, manquait un peu de discernement en qualifiant le geste héroïque de Chapuzot d‘enfantillage’. ( ?) …

Il y eut bien sûr l’évasion spectaculaire de Jubelin, le directeur de tir, que nous avons déjà racontée, mais il y eut aussi l’évasion de Michel Bollot, qui avec trois camarades marins à bord du Pierre L.D., put rejoindre Manille et signer son engagement dans les F.F.L.

Nous n’avons malheureusement aucuns détails sur l’évasion de Chapuzot ni de celle de Bollot.

Le calvaire de la Marine Indochine ne s’arrêta pas là. Le 12 avril 1942, le contre-amiral Bérenger une fois encore rassembla tout l’équipage sur le pont de l’Aramis, gros paquebot blanc des Messageries Maritimes et qui avait été armé et transformé en croiseur auxiliaire. La nouvelle fut un coup de tonnerre : ‘Pour des raisons d’intérêt national, le gouvernement a accepté que certains de ses bâtiments de commerce naviguent sous le contrôle de la Marine japonaise et sous pavillon japonais. Il nous est cependant demandé de maintenir à bord de ces navires leurs commandants, leurs états-majors et leurs équipages. L’amiral pense que vous devez satisfaire à cette condition

Après avoir entendu l’amiral Bérenger, un matelot de l’Aramis jeta sa croix de guerre par dessus bord. Tous les équipages, dans le calme et la dignité, mettant aussitôt sac à terre, refusèrent de servir contre les Alliés la cause de Tokyo comme il le leur avait été demandé’. (Legrand, p. 147).

Le beau paquebot blanc Aramis. Rebaptisé Teia Maru et passé sous pavillon japonais en 1942, il sera coulé par un sous-marin américain le 18 août 1944.

Heureusement pour eux d’ailleurs, parce que tous ces navires passés sous pavillon japonais, seront coulés par les Américains.

Hélas, il semble que le contre-amiral Romé, l’oublié du bout du monde, ait également oublié ce triste épisode de la marine française.

Le fiasco de la Nouvelle-Calédonie :

Mais il y a encore plus grave : un peu après l’armistice du 25 juin 1940, la Nouvelle-Calédonie passe dans la dissidence et le 19 septembre, choisit le camp du Général de Gaulle.

C’est à la fin de 1941, que le gouvernement du maréchal Pétain, nomme l’amiral Decoux ‘Haut Commissaire de la France dans le Pacifique’. Évidemment les positions divergent ; pour l’amiral, ‘c’est au début de 1942 et en accord avec le Commandant de la Marine en Indochine, que je songeai un moment envoyer sur place une petite division navale (Decoux, p. 190). L’Amiral semble bien minimiser l’action qu’il avait entreprise : reconquérir par la force de sa brigade navale et à l’aide des Japonais la Nouvelle-Calédonie gaulliste. Ceux qui voudraient connaître la violence des arguments de l’Amiral, devraient lire le texte du discours radiodiffusé qu’il prononça le 23 janvier 1942 à destination de la Nouvelle-Calédonie.

Nous en citons quelques exemples : ‘L’Indochine, dont j’ai reçu en juin 1940 la charge redoutable, s’est ralliée sans hésitation au gouvernement du Maréchal… Profitant lâchement des circonstances, quelques individus presque tous tarés… ont pu vous amener à la dissidence et vous incorporer parmi les ennemis de la France, dans cette triste légion d’égarés qu’on nomme Gaullistes…

En vous démontrant qu’en travaillant contre l’unité française, le Gaullisme travaille en fait contre la France, dont il tend à détruire la communauté matérielle et spirituelle… certes l’erreur est humaine, vous vous êtes trompés ; le Maréchal, dans sa haute sagesse et son immense bonté, ouvrira toutes grandes les portes de la Patrie à ses enfants retrouvés… Vous devez vous tenir prêts à profiter de toutes les circonstances, qui vous sembleraient favorables pour secouer le joug odieux que vous subissez. Soyez prêts à accueillir et à aider ceux qui ramèneront, dans vos petites patries, le glorieux pavillon sans surcharge… (Legrand, pp. 124 – 131).

Heureusement le projet avorta : « C’est l’amiral de la Flotte Darlan, stimulé par l’ambassadeur des États-Unis en France, qui s’opposa, non sans mal, à cette entreprise de reconquête appuyée par une escadre nippone, et qui aurait valu le peloton d’exécution aux amiraux Decoux et Bérenger ». (Poujade, p. 14).

Seuls quelques ouvrages mentionnent cet épisode bien peu glorieux du règne de l’amiral. Beaucoup l’ignorent. Mais beaucoup l’oublient.

Et il nous semble que c’est surtout pour les raisons énumérées ci-dessus que l’on doit rechercher les raisons de l’oubli volontaire dans lequel reste plongée la bataille de Koh Chang.

Nous avons également trouvé quelque peu indécent de lire chez certains auteurs les éloges dithyrambiques des acteurs de cette Indochine d’avant le 09 mars 1945 : On trouve par exemple dans le livre récent de Pierre Gosa « On ne peut que déplorer que des personnages sectaires n’aient pas cru devoir rendre à Bérenger ainsi qu’à ses hommes l’hommage qui leur était dû » ( ?).

 

Rappelons tout de même ici que rien que sur le Lamotte, les récompenses vont pleuvoir : Le capitaine de vaisseau Bérenger sera nommé vice-amiral.

– « Trois officiers sont nommés ou promus dans l’ordre de la Légion d’Honneur (Bérenger, Lelièvre, Thuillier) ; Pistre fait l’objet d’une proposition exceptionnelle. En outre, quatorze officiers, soixante-six officiers mariniers, quartiers-maîtres et marins se voient attribuer la croix de guerre. Je figure parmi les heureux élus… » (Romé, p.79). Donc à peu près 10 % du personnel du navire. Nous ne connaissons pas le détail des récompenses décernées sur les quatre autres navires français ( ?).

Pour mettre fin à ces tristes moments traversés par notre Marine Indochine, nous relevons trois commentaires :

– « La victoire de Koh Chang mérite beaucoup mieux que l’oubli dans lequel la laissent les manuels scolaires. Ne serait-il pas juste que le nom de Koh-Chang figure un jour à la poupe d’un de nos bâtiments ? ». (Vellard, p. 134).

– « A quand un bâtiment de la marine nationale baptisé Koh-Chang ou Contre-Amiral Bérenger ? ». (Gosa, p.132).

– « Qui expliquera aux survivants du millier de combattants de Koh Chang qu’aucun navire ne porte le nom de notre plus belle victoire navale ou de l’amiral Bérenger ? ». (Tréhard, p.2).

Nous pensons que les évènements relatés ci-dessus peuvent en fournir la réponse.

Pour terminer tristement ce chapitre de la Marine Indochine, rappelons que l’amiral Jean Decoux était né à Bordeaux le 5 mai 1884. Il est décédé le 20 octobre 1963 à son domicile parisien du 9 place des Ternes (XVIIème). Il avait 79 ans.

Ses obsèques furent célébrées à la cathédrale Saint Louis des Invalides. Le Président de la République Charles de Gaulle s’était fait représenter. Sa dépouille sera inhumée dans le caveau familial de Loverchy à Annecy. (J.Decoux, p.43).

Régis Bérenger était lui né à Chamaret dans la Drôme le 25 septembre 1888. Il est décédé le 23 août 1971 à Saint-Laurent-du-Pape en Ardèche. Il avait 82 ans. Aucun représentant officiel de la la Marine Française n’était présent à son inhumation.

A notre connaissance, seule la ville de Dinard a donné son nom à une rue de la commune.

Jean Decoux

Régis Bérenger

Les civils :

Il y eut aussi des civils : le Dr. Jacques May-Meyer, patron du département de chirurgie à l’hôpital de Hanoï, qui dès août 1940 chercha un moyen de quitter l’Indochine. Avec la complicité du consul d’Angleterre, il put obtenir un visa pour Hong Kong. Bien que suspect pour la police de Vichy, il imagina se cacher à bord d’un navire britannique relâchant dans le port d’Haïphong. C’est à l’aube du 16 août qu’il put mettre son plan en pratique. Il arriva à échapper à la surveillance des gardes japonais et à embarquer à bord de ‘l’AnHui’. (May, p 282).

Ainsi commencèrent des aventures qui devaient le conduire à Hong Kong, puis à Manille et enfin en Malaisie où il rejoignit Pierre Boulle et les quelques résistants français, regroupés autour de François de Langlade.

Et puis il ne faut pas oublier George Groslier. Le directeur des Études khmères et du Musée indochinois, qui fut torturé dans les sinistres geôles japonaises de Phnom Penh. Il était accusé de posséder un appareil de radiophonie puissant, qui lui permettait de contacter la Résistance.

George Groslier à Phnom Penh – (photo courtoisie Kent Davis @Datasia)

Le poste de radio-amateur qui certainement coûtera la vie à George Groslier – (photo courtoisie Kent Davis @Datasia)

La Résistance :

Là encore, les historiens n’ont pas encore écrit le livre qui pourrait rassembler tous les héroïsmes inconnus de ceux, civils ou militaires, qui dans l’ombre, poursuivirent une résistance aux décisions des gouvernants indochinois de l’époque.

Rappelons que l’amiral Decoux, en important la Révolution nationale en Indochine, avait dès l’automne 1940, fait appliquer localement les lois d’exceptions de Vichy : il y avait déjà la perte de sa nationalité pour tout Français qui quittait le territoire national à partir du 10 mai 1940, mais en novembre de la même année, l’Indochine vit l’instauration de décrets anti-sémites et anti maçonniques. (cf Verney, p. 227 sq).

Bruxelles, Edit. de la Paix, 1951.

Paris, l’Harmattan, 2013

Une résistance locale se développa sur le territoire de l’Indochine. Huit réseaux ont été officiellement homologués. De nombreux fonctionnaires, administrateurs et civils rejoignirent la lutte. Le général Sabattier cite 38 noms, dont François Martin, directeur d’Air-France à Hanoï, qui sera assassiné par les Japonais, Mario Bocquet, planteur dans le sud, ou encore William Bazé, le guide de chasse de l’empereur Bao-Daï. On peut encore ajouter Pierre de Guerny, sous-officier des Télégraphistes Coloniaux et qui fut, avec son ami René Poujade, de tous les parachutages clandestins dans la région de Hanoï. Ils firent connaissance dans les camps de prisonniers japonais au sud. Poujade hissera le premier drapeau français sur le camp de Saïgon.

Ah comme l’on aimerait croire à ce titre relevé dans le livre ‘De Gaulle et l’Indochine’ qui rend compte du très intéressant colloque organisé en 1981 par l’Institut Charles de Gaulle, ‘Jamais un Français n’a collaboré avec les Japonais’… (Collectif, Plon,1982, p.87).

La liste serait bien longue s’il fallait citer tous ceux qui ne partageaient pas les idées de Vichy et nous regrettons ici de ne pas avoir pu tous les citer. Nous renvoyons le lecteur intéressé à la très longue liste des ouvrages, études historiques, récits ou plaidoyers pro-domo de tous ceux qui de près ou de loin ont participé à cette période douloureuse que traversa l’Indochine de 1940 à 1945.

François Doré
Le Souvenir Français de Thaïlande.

PS : Nous n’avons pas parlé des sacrifices de la marine marchande en Indochine. Un merveilleux roman présente les interrogations de deux amis marins face à l’Indochine vichyste, et qui vont choisir chacun une voie différente de l’honneur. A lire sans hésiter. (l’auteur est le marin Bernard Poulailler qui écrit sous le pseudonyme de Franck).

Bernard FRANCK : Longitude 103. Paris, Flammarion, 1951.

Nous rappelons ici que tous les ouvrages cités dans nos articles sont disponibles et consultables à la Librairie du Siam et des Colonies de Bangkok.

Index des ouvrages cités :

BARCELLINI Serge & alii : ‘L’Indochine 1940-1945. Séance solennelle de témoignages’. Paris, Hôtel National des Invalides, 2 sept. 1985.

CONY Christophe / LEDET Michel : ‘L’aviation française en Indochine des origines à 1945’. Outreau, Lela Presse, 2012.

– DAVIS Kent : ‘Le khmerophile : The Art and Life of George Groslier’. Florida, Datasia, 2010.

– DECOUX Jacques : ‘L’Amiral Jean Decoux, le dernier Gouverneur Général de l’Indochine, de 1940 à 1945’. Paris, Soukha Editions, 2014.

– DECOUX Jean, Amiral : ‘A la barre de l’Indochine. (1940-1945)’. Paris, Plon 1949.

– DUCOROY Maurice : ‘Ma trahison en Indochine’. Paris, Les Editions Internationales, 1949.

– GOSA Pierre : ‘Le conflit franco-thaïlandais de 1940-1941. La victoire de Koh-Chang’. Paris, Nouvelles Editions Latines, 2008.

– GRANDJEAN Philippe : ‘L’Indochine face au Japon. 1940-1945’. Paris, L’Harmattan, 2004.

– HUGUIER Michel : ‘De Gaulle, Roosevelt et l’Indochine de 1940 à 1945’. Paris, l’Harmattan, 2013.

– INSTITUT CHARLES DE GAULLE : ‘ De Gaulle et l’Indochine. 1940-1946’. Ouvrage collectif. Colloque des 20-21 février 1981. Paris, Plon, 1982.

– JUBELIN Commandant : ‘Marin de métier, pilote de fortune’. Paris, France-Empire, 1951.

– LEGRAND J. Col. : ‘L’Indochine à l’heure japonaise’. Cannes, Aegitna, 1963.

– LE PICHON Jean : ‘Récits et lettres d’Indochine et du Vietnam 1927-1957’. Paris, Les Indes Savantes, 2009.

– MAY Jacques Dr. : ‘Médecin français en Extrême-Orient’. Bruxelles, Éditions de la Paix, 1951.

– POUJADE René : ‘Cours martiales. Indochine 1940-1945’. Paris, la Bruyère, 1997.

– ROME Contre-amiral : ‘Les oubliés du bout du monde. Journal d’un marin d’Indochine de 1939 à 1946’ Editions Maritimes et d’Outre-Mer, 1983.

– SABATTIER Gabriel  Gal : ‘Le destin de l’Indochine. Souvenirs et documents. (1941-1951). Paris, Plon, 1952.

– SAINTENY Jean : ‘Histoire d’une paix manquée’. Paris, Amiot-Dumont, 1953.

– SOMMET Jean,capitaine de corvette (H): ‘Campagnes lointaines. Dans les replis du dragon. Carnets de bord du croiseur Lamotte-Picquet. 1935-1945. Bourg d’Oisans, l’Atelier, 1998.

– TREHARD J.R. : ‘La victoire navale de Koh Chang vue du Tahure’. Auteur, octobre 1996.

– VELLARD Georges. : ‘Histoire méconnue. 1939-1946. Marine Indochine’. Chamalières, Canope, s.d. (2000 ?).

– VERNEY Sébastien : ‘L’Indochine sous Vichy. Entre Révolution nationale, collaboration et identités nationales. 1940-1945’. Paris, Riveneuve, 2012.

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