Les aviateurs rebelles de l’Indochine

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3/ Adrien BERNAVON.

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Comme André Jubelin (cf article précédent), Adrien Bernavon est devenu un as de la guerre aérienne en France lors des combats contre l’aviation allemande, avant le cessez-le-feu, et lui aussi a souhaité rejoindre l’Indochine en espérant pouvoir y continuer le combat.

C’est au début du mois de février 1941, qu’accoste à Saïgon le cargo mixte ‘Ville de Verdun’. A son bord, près de 250 militaires, officiers et sous-officiers, venant assurer la relève de leurs camarades ayant terminé leur tour de service à la colonie. Un long voyage de 78 jours (il fallait faire le tour de l’Afrique à ce moment là) avait permis à de nombreuses amitiés d’hommes de guerre et d’aviateurs de voir le jour. Et pour Pouyade et Bernavon, ce fut le début d’une longue camaraderie.

Adjudant-chef, il a déjà été crédité de 3 victoires aériennes pendant la bataille de France. C’est donc sous les ordres de son ami Pierre Pouyade que Bernavon se retrouve au groupement aérien no2, basé à Tong.

Rapidement et pour lui aussi, l’inaction, l’impossibilité de pouvoir lutter contre l’ennemi de son pays et l’attitude de plus en plus collaboratrice de leurs états-majors avec les autorités japonaises, vont le décider à se joindre à son chef de groupe et à quitter l’Indochine et rejoindre la Chine proche.

Il manquera le départ du 2 octobre prévu en compagnie de Pouyade, mais ce n’est que trois jours plus tard qu’il s’empare lui aussi d’un Potez 25 et s’enfuit vers le nord et la frontière chinoise.

Potez 25 en formation au-dessus de la Cochinchine.

Hélas, il n’aura pas la même chance que son ami et ne pourra pas rejoindre la piste de Mongtseu. Il tombera en panne au dessus des hauts plateaux sauvages du sud du Yunnan et devra se poser en catastrophe. Capturé par des troupes chinoises alors qu’il essaie de rejoindre Kunming à pied, il sera retenu prisonnier, jusqu’à ce que son ami Pouyade, mis au courant de sa mésaventure, puisse demander aux Américains de le faire libérer. Bernavon rejoindra Kunming le 27 octobre 1942 (Cony et Ledet, p.387).

Ces deux départs rapprochés de deux aviateurs de l’Indochine provoqueront la colère de l’amiral Decoux et du commandant de l’Air. Dans son livre ‘L’Indochine à l ‘heure japonaise’ qui est une réponse au plaidoyer pro-domo de l’amiral Decoux, le colonel J. Legrand cite un télégramme confidentiel de l’amiral adressé aux autorités militaires : ‘De graves désertions de deux officiers viennent de se produire à quelques jours d’intervalle. Parjures à leur serment, ils ont trahi leur devoir et leur patrie en allant rejoindre les forces chinoises. Les enquêtes faites à leur sujet montrent qu’il s’agit de caractères anormaux et déséquilibrés…’. (p. 218).

Cannes, Aegitna, 1963.

René Weiser @ internet

Le colonel René Weiser, supérieur hiérarchique des deux hommes et lui-même aviateur chevronné, poursuivi par la vindicte du Commandant de l’Air en Indochine, le colonel Tavéra, sera limogé et envoyé au sud à Bien Hoa. Il rejoindra ensuite la résistance, sera emprisonné et torturé par les Japonais en mai 1945.

D’autre part, estimant que décidément les cantonnements du Tonkin se trouvaient beaucoup trop proches de la frontière chinoise et de la tentation des bases américaines, Tavéra fera déménager tous les aviateurs du Tonkin vers les bases du sud de la colonie. Les pilotes sont non seulement mutés mais aussi ils sont surveillés par la police spéciale. (Cony et Ledet, p. 387).

Les deux évadés, Pouyade et Bernavon, seront jugés par la cour martiale de Hanoï. Tous deux reconnus coupables de désertion à l’étranger en temps de guerre et de trahison, ils seront condamnés à mort par contumace, à la dégradation militaire et privés de leurs biens au profit de la nation. Le capitaine Pouyade cesse de faire partie de la Légion d’honneur, tandis que l’adjudant-chef Bernavon se voit supprimer sa décoration de la médaille militaire. (Cony et Ledet, p. 388).

D’un autre côté, dans l’Indochine Hebdomadaire Illustré de septembre 1943, on pourra lire qu’à la date du 24 août, le colonel Tavéra, commandant de l’Air en Indochine, venait d’être promu au grade de général !

Indochine Hebdomadaire Illustré no 73 du 22 janvier 1942.

Les deux amis évadés pourront alors rejoindre l’Europe.

Selon le site des Français Libres, Bernavon s’engagera dans la France Libre, mais la date indiquée sur le site (juin 1942 ?) ne peut correspondre à la réalité. Il se porte rapidement volontaire pour rejoindre son ami Pouyade au sein du groupe de chasse Normandie Niémen.

Promu sous-lieutenant, il rejoint la Russie en mai 1943 et participe sans tarder aux combats aériens. Le 16 juillet, il participe à un combat prés de la ville d’Orel et disparaît au cours de cet affrontement. Son corps ne sera pas retrouvé. (Wikipédia).

Adrien Bernavon était né le 11 décembre1912 à Lyon. Il est mort pour la France, le 16 juillet 1943 en Russie. Il avait 30 ans.

                                                                                             François Doré
Le Souvenir Français de Thaïlande.

Normandie Niémen. Musée du Bourget. (Wikipédia).

Index des ouvrages cités :

CONY Christophe / LEDET Michel : ‘L’aviation française en Indochine, des origines à 1945’. Outreau, Lela Presse, 2012.

– LEGRAND J. : ‘L’Indochine à l’heure japonaise’. Cannes, Aegitna, 1963.

A NOUS LE SOUVENIR                A EUX L’IMMORTALITÉ

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